Après une courte période figurative, je me suis orientée vers l’abstraction avec un travail de matières. Collages d'éléments déchirés sur carton ou sur toile. Bouts de journaux, de carton ondulé, de tissus, de ficelles… Mes couleurs étaient assez subtiles dans les beiges, les gris et les bleus. Je privilégiais la composition, qui d’ailleurs tournait pas mal autour d’accumulations de carrés.

Progressivement j’ai introduit des silhouettes, toujours avec mes collages, exploitant aussi des morceaux de mes propres toiles peintes déchirées. Recyclage enrichi d'un recyclage déjà enrichi.

 

En 2003 je suis partie au Ladakh, Himalaya, région désertique du Nord de l’Inde qui m’a éblouie. L’immensité, les couleurs du désert, l’ambiance des monastères bouddhistes, les couleurs : safrans, oranges, rouges carmin, certains très sombres. J’en suis revenue bouleversée avec un besoin de prolonger cette sérénité par le biais de mes toiles.

Ce voyage a encore renforcé mon travail sur le carré, très ressourçant pour moi. Le carré dans le carré généralement traversé d’un chemin vers le centre, évoque également un moulin à prières sur son axe ou une succession de fenêtres ou de portes menant vers une lumière. Une forme d’introspection, avec une ouverture au centre.

Quelques années plus tard j’ai vu ce type de schéma à l'entrée des temples d'Angkor, il s'agit simplement du plan de chaque temple. Avec leurs successions de portes, les plans ressemblent à mes toiles… à la différence qu’à Angkor l’entrée se fait par l’Est et la sortie par l’Ouest (horizontal sur un plan). Dans le cas de mes toiles ça ressemble le plus souvent à un axe nord/sud (vertical).

 

Après la sérénité du désert himalayen et du bouddhisme tibétain, je suis partie 3 hivers de suite, au total 10 mois de 2004 à 2007,  installer mon atelier à Chôlon, quartier chinois de Hô-Chi-Minh-Ville. L’ambiance est toute autre : la foule, le bruit, le béton les plastiques multicolores. J’ai travaillé à nouveau la silhouette humaine, mais plus en nombre cette fois, avec des matériaux trouvés sur place.

Etant donné qu'au Viet-Nam il est impossible d'échapper à la fête du Têt (passage à la nouvelle année) et ses longs préparatifs mobilisant tout le pays, il était inévitable que ça arrive sur mes toiles. Je me suis intéressée au calendrier lunaire que j’ai attaqué par la forme au sens propre, avant d’en comprendre un peu, mais très peu, le fond. Quelques-unes de mes toiles réalisées là-bas ont la composition d’une page de calendrier lunaire.

 

Puis je me suis amusée à travailler sur le thème astrologique chinois de l’année : j’ai introduit dans mon travail des personnages rats, l’année du rat, puis buffles. Le buffle étant mon signe, je me suis mise en scène sur la toile sous la forme de la bufflette, qui a changé de nom en cours de route : la Bubala, la Bubalita qui sont devenues mes alter ego.

 

J’ai été aussi beaucoup influencée par deux séjours à New-York en 2008 et 2009 qui ont renforcé la présence des écritures. Le premier surtout pendant la période Obama-mania, avec le choc de la ville, les tags, les couleurs très présentes partout, bref New-York City.

 

Les mots ont pris depuis cette période plus d'importance sur la toile. Ils dynamisent et soulignent mon expression mais doivent à mon sens garder un rôle graphique, c'est pourquoi je n'écris pas en français sur la toile, espérant qu'ils ne soient pas trop vite compréhensibles, du moins pour moi.

 

Acko, les Lilas, septembre 2012